Youv Dee – Gear 3

12 titres, 39 minutes, voici le projet de Youv Dee : Gear 3. Titre qui fait référence à l’univers de One Piece…

12 titres, 39 minutes, voici le projet de Youv Dee : Gear 3. Titre qui fait référence à l’univers de One Piece manga dont il est friand. Pour son second projet solo, on retrouve Youv Dee, membre du groupe l’Ordre du Périph, plus énergique que jamais et surtout déterminer à faire sa place sur la planète rap en imposant son identité musicale.

Sur cet opus Youv Dee s’est entouré pour ses prods de son compère Skuna, mais on y retrouve aussi Oldasinus, Ambitiou$ got Beats, Blasé, David Mems, Hilton et Lekeus. Ce qui lui permet de donner une architecture musicale énergique à ce projet. Au travers de ce projet Youv Dee nous fait part de ces ambitions avec au centre l’argent comme vecteur de réussite et pour réussir il distille sa trap «Faire des sous et des sons» comme il l’expose sur le morceau éponyme Gear 3 c’est définitivement ses maîtres mots. Sur cette tape il se sert d’armes que le rap met à disposition comme l’égo-trip illustré par des titres comme Beaucoup ou encore Bendo.Il puise sa force dans ceux qui vont «hate» sur lui. Plus que jamais on sent une influence venue d’outre Atlantique, il ne s’est jamais caché d’avoir été nourri au rap US. Même si on en sent l’influence, Youv Dee n’est pas dans la copie dans ce projet il continue de s’affirmer et d’affirmer son style. Dans ce but il n’hésite pas à s’entourer de comparses tels que Diddi Trix et Laskiiz sur le titre Euros (l’argent encore l’argent) ou avec les membres de son groupe l’Ordre du Périph. Néanmoins Youv Dee se dévoile aussi sur le titre Zone, beaucoup plus introspectif où il nous laisse pénétrer un peu plus la pensée de l’artiste qu’il est.

Pour ce 2ème projet solo, Youv Dee prouve qu’il est un des personnages sur qui il faut compter dans le rap actuel, il fait montre d’un véritable univers bien à lui, dans lequel il évolue. Il nous fait part de ses obsessions surtout celle de l’argent qu’il diffuse sur plusieurs titres quitte à ce que cela puisse paraître un peu redondant par moment. Cependant une des qualités de cette tape c’est ce côté calibré pour la scène ce qui est plus que jamais important aujourd’hui. On imagine aisément le public turn up de manière effrénée sur les titres les plus énergiques de Gear 3. Pour Youv Dee l’argent ne fait peut-être pas le bonheur mais il permet de remplir les tehs ainsi que de pouvoir porter du Gucci de la tête aux pieds.

Mekolo Biligui

Jeannine ou l’éloge de la folie

17 titres, 52 minutes, voici le nouvel album de Lomepal : Jeannine en hommage à sa grand-mère maternelle. Grand-mère, qui lui a légué un bel héritage….

17 titres, 52 minutes, voici le nouvel album de Lomepal : Jeannine en hommage à sa grand-mère maternelle. Grand-mère, qui lui a légué un bel héritage : la folie. La folie de vouloir réussir dans le rap, la folie d’assumer ses forces et ses faiblesses, la folie d’aimer et de haïr, la folie de se raconter dans le bon comme le mauvais.

Dans ce but de s’exposer et de continuer son introspection, en terme de prod il s’est allié avec Superpoze, VM The Don, Stwo, Mohave et Pierrick Devin qui étaient déjà présents sur Flip son précédent opus. Vladimir Cauchemar vient s’ajouter à cette sélection de compositeurs/beatmakers, Lomepal lui-même s’est pris au jeu des prods sur Jeannine. JeanJass, Roméo Elvis, Orelsan et Katrine sont présents sur l’album pour prêter main forte à Lomepal. Cependant ces feats n’ont rien de très surprenants et ne sortent pas Lomepal de sa zone de confort. Même la présence de Katrine n’est pas inattendue, on l’avait vu traîner sur les plateaux des planètes rap.

Au travers de Jeannine, Lomepal continue d’évoluer dans l’univers qu’il s’est créé. Un univers aux prods plutôt douces et aériennes où il se raconte dans ses bons comme ses mauvais côtés. Cependant on y sent une vraie acceptation de cette folie que sa grand-mère lui a transmis et qu’il chérit comme un trésor qui l’a mené là où il est aujourd’hui et d’ailleurs il ne veut pas qu’on le ramène. Ce qu’il illustre par des titres comme Ne me ramène pas ou encore Beau la folie. Une fois de plus Lomepal n’hésite pas à faire part à l’auditeur de ses sentiments,l’amour y a une place prépondérante, autant que l’amour pour la personne que l’on désire et qui nous rend meilleur avec Le vrai moi. L’amour qui se finit mal où il ne sert à rien dans ce cas là de se prendre pour des X-Men car comme il l’explique au côté de JeanJass face à la rupture on est tous pareil, on souffre. L’amour de sa team ceux avec qui on est comme les Cinq Doigts avec Katrine. Le succès aussi est un élément important de cet opus car il arrive après Flip qui a été certifié double platine. Évidemment dépeint cette réussite avec ses bons et ses mauvais côtés et cette dualité qui l’habite, la réussite lui donne confiance mais le rend moins cool, plus méfiant vis-à-vis des autres.

Jeannine est une ode à cette grand-mère qui lui a transmis cette folie, qui lui a permis de voir plus loin pour être le Lomepal d’aujourd’hui, tout en gardant son âme de Mômes. Jeannine c’est l’acceptation de ses forces, de ses faiblesses, c’est l’introspection, c’est la décision d’embrasser l’héritage que lui a transmis sa grand-mère. Il est vrai qu’il n’y a pas de prise de risques sur cet album ni en terme de feats, ni en terme de prod et pas non plus sur les sujets abordés. Néanmoins Lomepal sait se raconter en y mettant les formes qu’on lui connaît, donc il est clair que les amateurs de Flip sauront retrouver dans Jeannine ce qui leur avait plu. Il consolide son identité artistique, son univers. Jeannine nous rappelle qu’il n’y a que les fous qui disent qu’ils ne sont pas fous.

Mekolo Biligui

Rap US / Rap Fr : Une éternelle comparaison

Dans le paysage rapologique, les featurings franco-américains ne sont pas toujours une réussite comme en Normandie.… 

Dans le paysage rapologique, les featurings franco-américains ne sont pas toujours une réussite comme en Normandie. Une comparaison maladive en France ? Une différence culturelle impossible à faire cohabiter ? Quoi qu’il en soit, retraçons les époques pour comprendre…

Pour analyser la situation rien de tel que de voyager dans le temps. Ça n’a pas toujours été l’amour fou entre les deux premiers pays hip-hop du monde. Notre bon vieux Rohff a fait rimer 2004-2008 avec ce rapport de forces. En 2007, il lâche sur un morceau avec Ikbal et Seyfu : « On est en France ici, fuck 50 cent, nique ta mère 50 cent » NDLR : la même année, il fait la première partie de 50 Cent à Bercy…

Bien que certains groupes ou rappeurs comme IAM ou Ol’kainry ne s’empêchent pas de collaborer avec Methode Man et Red man ou Raekwon, cette phrase de Rohff est significative du climat de l’époque. Mais voilà qu’en 2009, le rappeur montant du moment  Youssoupha, dégaine « L’Effet Papillon » et cette line qui a eu le mérite de faire réfléchir le game :

« Tu fais du rap mais tu fuck les states pathétique, où t’a vu un reggae-man d’ici qui nique la Jamaïque »

Comme un symbole, Maitre Gims était présent sur ce titre. À savoir : en 2009, Gims et sa Sexion étaient encore rue Milton à freestyler sur des face B. Sexion d’Assaut c’est le renouveau d’un rap, un nouveau souffle qui a donné la couleur du rap d’aujourd’hui. Plus américain, mieux produit, plus ouvert, plus chanté… Une réduction de l’écart de tout ce qui nous différencie du continent créateur de notre culture hip-hop.

Aujourd’hui tout s’est métamorphosé. Les USA sont la source d’inspiration pour beaucoup de nouveaux rappeurs. Bien que beaucoup ne s’en cachent pas, certains n’hésitent pas à en calquer les codes. Top lines simplifiés, visuels codéïnés et styles décomplexés, une tranche du paysage rapologique français ne prend pas la peine de faire valoir les forces de leur culture pourtant bien plus forte et influente aujourd’hui qu’il y a 10 ans : époque où nous revendiquions notre chauvinisme rap. Un phénomène explicable par l’évolution du business, le manque de temps et la multiplication des artistes. Aujourd’hui mieux vaut faire vite, efficace, accessible. Les US sont à la France  une vitrine de ce qui fonctionne. Pas seulement bien évidemment.

Selon vous, quels sont les facteurs des phénomènes observés ?